Espérons que David ira mieux !

David (prénom d’emprunt), 3 ans, drépanocytaire suivi irrégulièrement, m’a été adressé en urgence il y a 2 jours, tard en début de nuit, pour prise en charge d’une hémorragie digestive (vomissements de sang et diarrhée sanglante).
Il était hospitalisé à la cité depuis une semaine suite à une diarrhée avec fièvre. Un traitement par antibiotique et antiinflammatoire (à dose presque d’adulte !) lui a été administré, provoquant des vomissements, d’abord alimentaires puis sanglants, motivant un transfert aux cliniques universitaires de Kinshasa (CUK) puis à la clinique Marie-Yvette.
A son arrivée, David était manifestement déshydraté et exténué. Trois poches de sang avaient déjà été transfusées les jours précédents.
L’endoscopie en urgence a permis de localiser la cause de l’hémorragie (deux déchirures, post efforts de vomissements, du bas œsophage, au-dessus de l’estomac que les médecins appellent ulcérations de Mallory-Weiss, avec caillots fragiles). Une ½ heure de geste endoscopique s’est avérée bénéfique. L’hémorragie a été arrêtée, mais il fallait maintenant s’atteler à régler les complications (insuffisance rénale, ..) constatée ; de même qu’il fallait rapidement comprendre et traiter d’autres anomalies inattendues trouvées dans ses examens sanguins.
Il y a 3 jours, une de nos assistantes, en médecine interne aux CUK, a pré-défendu son mémoire de fin de spécialisation, fait sous ma codirection, et qui portait sur l’« évaluation de la prise en charge de l’hémorragie digestive dans notre milieu ».
Nous avons montré dans cette étude qu’avant les activités d’endoscopie digestive interventionnelle à Kin, la mortalité en cas d’hémorragie digestive (57%) était plus de 2 fois plus élevée que depuis qu’un traitement endoscopique est possible dans les 12 à 24 heures, conformément aux recommandations scientifiques internationales.
Nous devons continuer la formation des jeunes, et rassemblons nos énergies pour aider à équiper nos structures hospitalières ; nous le pouvons avec un peu d’imagination et de détermination, et moins d’attentisme. En la matière, les actes valent mieux que les paroles.
Il est presque certain que nous avons contribué à éviter une issue fatale à David. Ce matin, il a pu prendre un thé avec quelques tranches de pain trempées et un yaourt, avant de retourner aux CUK pour la poursuite de sa prise en charge.
Je ne vous cache pas un modeste sentiment de victoire de la part de mon équipe, en regardant repartir David,…vivant ! Merci de penser à lui lorsque, après avoir lu cet instant d’humeur, vous croiserez le premier enfant blanc, noir, jaune, ou que sais-je, chez vous ou ailleurs. Ils auraient tous pu être à la place de David. Et nous aurions eu le devoir de leur apporter, à tous, les meilleurs soins possibles.
J’ai prié ce matin pour David et tous ceux qui ont besoin d’assistance actuellement; nous espérons tous que David ira mieux.
Antoine TSHIMPI, Instant d’humeur Mai 2017

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